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Dukkha, l'internet noir.

SIXIEME SINISTRE Chapitre9

CHAPITRE 9

 

 

 

 

 

“Le décors malsain, noir et froid du Canyon de Raë sous l’orage m’oppressait.

 

La pluie tombait à verse, frappant bruyamment le fragile châssis de la voiture qui laissait passer l’eau par endroit.

 

J’entendais cette effrayant cliquetis régulier, provenant de sous le capot avant, et j’imaginais déjà le moteur nous lâcher, d’un instant à l’autre.

 

Samana, couverte de sa longue écharpe chaude, fixait l’extérieur par la vitre, silencieuse, mimant l’indifférence… Comme si de rien n’était.

 

Fy, intarissable, cherchait une station de radio sur le poste, mais on entendait toujours rien.

Parce qu’il n’y avait vraisemblablement rien à entendre.

 

Désormais, survivre était ma priorité.

Oserait elle faire ça dans la voiture? Tirer au jugée, alors qu’à mes côtés se trouvait Samana?

Ça paraissait risqué… Et complètement dingue.

Mais peut-être avait elle compris, et alors Fy savait que l’effet de surprise serait sa meilleur chance.

 

Ça ne pouvait que mal se passer.

C’est toujours ainsi avec les armes. C’est à ça qu’elles servent.”

 



 

Enfin, après de nombreuses heures de trajet, ils quittent le Canyon.

Arrivés au pied de l’immense Mont Raë, source du fleuve qu’ils longent depuis la cité, Fy, Samana et Kavatche montent désormais un chemin creusé dans la roche, en amont, moins rudes et moins dangereux que ceux formés naturellement dans les parois du Canyon.

 

De là haut, le panorama est splendide, et l’épaisse brume se dissipant alors sous la pression de la pluie laisse apparaître un paysage plus incroyable encore à l’horizon, où les vestiges de Pahale semblent ne faire plus qu’un avec la nature.

Mais Kavatche, lui, n’y prête nullement attention.

 

Il guette, décrypte chacun des mouvements de Fy, redoutant le moment fatidique où elle passerait à l’action, prêt à dégainer l’arme qu’il camoufle sous son Arkun.

 

 

 

 

Plus on s’approchait du sommet, plus l’air se rafraîchissait.

La pluie s’était transformée en neige, le fleuve se figeait, et l’épaisse brume, quant à elle, réapparaissait, s'intensifiant à mesure que nous grimpions.



Le froid glacial s’emparait de moi et, grelottant, j'essayais de cacher sans succès ces tremblements involontaires.

J’avais beau frotter mes mains entre elles, mon corps gelait au même rythme que l’air, inévitablement.

 

Ce Arkun que j’arborais fièrement paraissait bien inutile désormais.

Et traverser en si peu de temps deux zones aux conditions climatiques si différentes et extrêmes en ne portant que ce simple vêtement me causerait inévitablement des maux...

 

Le blizzard nous frappait désormais de plein fouet.

 




Les kilomètres se suivent et se ressemblent.

La tempête ne cesse, provoquant alors l’apparition d’une épaisse couche de neige blanche sur le sol, que la voiture survole péniblement, facilement entraîné hors du chemin par le puissant souffle du vent.

 

Samana remarquant le géant frigorifié, lui propose son écharpe, mais il refuse poliment d’un geste de la main, celle ci devenue blanche, presque bleu, tout comme les extrémités de ses oreilles et de son nez.

 

 

 

 

 

Fy ne semblait pas décidé à en terminer rapidement.

Le stress s’accumulait, et je compris que je ne serais peut-être bientôt plus apte à me défendre lorsque le froid m’enleva toute sensation dans les doigts.

 

Heureusement, nous arrivions bientôt de l’autre côté du Mont.

 

 

 

 

Le groupe reste muet.

Pourtant, Kavatche sens que chacun a de bien nombreuses pensées à exprimer.

Il ne cesse de s’interroger, doute un instant, imaginant peut-être s’être trompé. Puis il se souvient, se rappel de ce que sont les Buks.


 

 

 

Qu’est ce qu’une vie humaine, pour les Buks? Bien peu de chose à en croire leurs discours, puisque la vie animale passe avant tout. Est-ce normal de penser ainsi lorsque l’on sait que plusieurs de nos semblables meurent affamés dans la rue?

 

Et Samana…

Que pensait elle à cette instant? A quel point était-elle attachée aux idéaux extrémistes Buks?

Essayerait elle de me tuer si elle avait en sa possession une arme?



Finalement… Découvrir la vérité était ce que je redoutais le plus.

Je ne pouvais m'empêcher d’envisager les pires scénario, justifiant chacune de mes idées noires et absurdes par le fait qu’elles soient Buks.

Pourtant, Samana me paraissait sincère et amicale. Mais peut-être n’avait elle fait que jouer son rôle.

Je portais encore son collier.

Visiblement, j’allais très vite découvrir sa véritable valeur.

 

Lorsque l’on fut suffisamment éloigné du Mont et de son air froid irrespirable, Fy, prétextant avoir besoin d’une pause, s’arrêta en vrac au milieu d’un croisement de quatre chemins alors qu’il pleuvait à verse.

 

Elle descendait en première, préparant certainement son arme.

La flotte qui tombait abondamment me rebutait.

 

Très vite, Samana lui emboîta le pas, lui murmurant des mots que je n’entendais pas depuis la voiture, à cause de l’averse.

Mes jambes lourdent me forcèrent finalement à en sortir. Volontairement, je restais de l’autre côté du caddie, espérant que celui ci puissent me protéger des balles.

 

Fy ignorant les conseils de Samana, celle ci lui conjura alors de m’abandonner sur place plutôt que de me tuer.

Ces mots réchauffèrent mon coeur.

Mais désormais, la bataille était inévitable.

Quel idée stupide de donner une arme à une gamine...

 

 

 



-”Kavatche? Vient voir ça !”, appelle Fy.

-”Que se passe t’il?”, demande t’il, prudent.

-”Viens ici, bon sang !”, lui ordonne t’elle désormais, sèchement.

Las, Kavatche désillusionne:

-”Inutile de jouer à ce petit jeu plus longtemps, Fy !”, affirmant alors par lucidité:

“Toi et moi, on sait comment cela va finir.”

La jeune femme tourne la situation à la dérision lorsqu’elle rétorque:

-“Que le meilleur gagne.”

 

Dégainant agilement son pistolet, elle tire en première, intuitivement, sans viser.

 

 

 

 

Bien inspiré étais-je de me couvrir derrière le caddie qui encaissa le projectile.

 

À mon tour, je dégainais.

La scène semblait se dérouler au ralenti sous mes yeux.

Me voyant subir le puissant recule de mon Moriath7 lorsque je tira, elle comprit le danger et se décala vivement, mais trop tard.

La balle se logea prestement dans sa cuisse, entraînant alors de son impact la brutale chute de Fy au sol.


 

 

 

Samana, secouée, accoure aux côtés de Fy, s'empressant de lui dénuder la jambe perforée, pour bander la blessure et stopper l'hémorragie.

Mais cette dernière, orgueilleuse, l’écarte de la main, se redressant alors péniblement pour foudroyer Kavatche du regard, révélant ses intentions de revanches.

 

D’un ton moralisateur, le géant victorieux l‘agresse, froidement:

-”Vous les Buks, n’êtes que des sauvages ! Vous ne causez que des tords. Tuez des innocents pour faire payer les coupables n’a jamais était une solution. Apprenez que la guerre n’est pas un jeu, que chaque justes causes a ses conséquences. Une vie humaine, ce n’est pas rien.”

 

La douleur l’étouffant, Fy lui lance toutefois un sourire hautain, murmurant alors sa réponse:

-”Kavatche… Kavatche. Tu ignores tout de nous, Dirs.”.

Suffoquant, elle poursuit péniblement:

“Sache une chose. Le sauvage n’est pas celui qui vit dans la forêt, mais celui qui l’a détruit.”

 

De nombreux échanges de regards s’en suivent, comme pour jauger la détermination de l’autre.

Fy, avide de vengeance, trouve les mots justes, foudroyant son adversaire:

-”Si ce qui est arrivé à Shararti n’est pas le fruit de notre volonté, sois sûr que ce qui arrivera à Liür le sera.”

 

 

 

 

Mon sang ne fit qu'un tour.

Fy s’effondrait alors satisfaite.

 

Ses mots me frappèrent bien plus encore qu’elle ne l’imaginait.

 

Immédiatement, il m’a parut essentiel d’agir au plus vite.

Je ne réfléchissais guéer plus, et ma décision étant prise, je quittais les lieux avec le caddie, saluant tout de même amicalement Samana que j’abandonnais lâchement ici, puis décampant à toute vitesse, en direction du sud.

Prévenir Liür devenait ma priorité. Je ne pouvais pas laisser Andheera seul là bas...

 

J’ignorais l'ampleur de la menace, mais celle ci était clairement bien réel.

Les attentats n’était qu’un avertissement, et les Buks passerait à l’action bientôt.

Cette fois ci, il y avais véritablement de quoi avoir peur.



Traçant ma route sans escales, j’arrivais très vite jusqu’à Sa Dhil, connu également sous le nom d’interminable “plaine des morts”.

L’endroit le plus hostile de la planète, où la concentration dans l’air du Senfgas, ce gaz mortel, est si importante qu’il vous étoufferait en seulement quelques heures si vous vous risquiez à le respirer.

 

Quel erreur ce fut d’avancer tête baisé avec cette saloperie de caddie, restauré, sans doute, par des mécanos Buks incompétents, qui tomba inévitablement en rade après quelques centaines de mètres.

J’aurais pu m'estimer heureux que cela arrive si tôt, car ici l’air était encore respirable.

Mais mon temps, et celui de Liür, était compté.

 

Alors je me lamenta, injuriant ce satané tas de rouille que je frappais avec acharnement pour soulager ma colère, rageant et braillant jusqu’à ce qu’il arrive, débarquant en Hover SST, une petite moto sportif et ailée de Dirpiët.

 

Il était là, me faisant face, sautant agilement de la bruyante javeline* pour continuer à pied.

 

*Javeline: terme utilisé essentiellement dans le milieu des courses sportives de motos ailées à propulsions, désignant une moto très fine et rapide.

 

S’approchant lentement, d’une démarche ferme et d’un air stoïque, Bëdia.

Il était là, le visage crasseux, sa veste en laine couverte de sang et barbu, il avança pour m’adresser la parole.

 

 



-”Ma mémoire s’envole comme ma veste s’effile, les déboires racolent et nombreux s’empilent...”

-”Bëdia?!”, s’exclame Kavatche, découvrant le jeune homme aux yeux azurs.

-”Je dois savoir ce que j’ignore car j’ignore ce que je dois savoir.”

 

Subjugué par ces soudaines retrouvailles, mais ne comprenant pas un seul des mots prononcés par l’énigmatique garçon, Kavatche reste muet, incapable d’agir.

 

Calme, Bëdia cherche un instant dans la poche de sa veste, et en sort finalement une petite plume claire et abîmée ayant noircit, repliée sur elle même, qu’il manie avec délicatesse, murmurant au géant:

-”Celle ci lui appartient…”

 

 

 

 

 

 

À SUIVRE !

 

 

 

 

 

Publié le 08/10/2015.

CHAPITRE 8



08/10/2015
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